Comme je l’ai sans doute déjà écrit, j’aime bien les musiques “planantes”. De la vague psychédélique du rock progressif menée par les Pink Floyd au trip hop de Massive Attack en passant par les variantes torturées et quasi mécaniques du dub, le choix est large et la créativité des artistes sans limite. Il y a quelques années, en allant à la recherche d’un album de Tricky à la FNAC Musique de la place de la Bastille à Paris, je fus intrigué par un CD que j’achetais par curiosité. Je ne fus pas déçu. Il s’agit de ”Like Weather” de Leila. Après avoir appris ce qui se cachait derrière ce nom à consonance orientale, je me retrouvais en terrain connu. Leila Arab, de son nom complet, est d’origine iranienne. Elle est ingénieur du son, a travaillé avec Björk et sa soeur Roya Arab chante sur l’album ”Londinium” du groupe Archive (ainsi que sur le titre ”Blue Grace” de ”Like Weather”). Tout s’explique. Ce premier disque en solo ressemble presque à de la musique expérimentale, aux confluents de Tricky, Aphex Twin et Portishead. C’est complexe, mélancolique, torturé, parfois stressant, ou tout simplement indéfinissable ! Tellement spécial qu’il m’a fallu plusieurs mois d’écoute régulière pour commencer à “ressentir” ces arabesques électroniques. Je propose dans la rubrique ”Consonances” de ce blog de découvrir le morceau ”Don’t fall asleep”, sur lequel on retrouve la voix si particulière de Luca Santucci. Fin 2000, Leila a sorti un second album, plus abouti encore : ”Courtesy of choice”. Malgré le succès critique de ses deux disques, elle a complètement disparu depuis son second opus… Même son site web n’est plus en ligne. Qu’est-elle devenue ?
C’était en juin dernier. Un jour plombé par cette vision pessimiste du monde, sentiment qui m’accompagne si souvent. Un de ces jours où il vaut mieux ne pas me fréquenter, car la sinistrose est terriblement contagieuse. Cela dit, un virologue me qualifierait de porteur sain. Je transmets la déprime, sans être moi-même déprimé ! Mon secret ? Ne jamais attendre quoi que ce soit du lendemain… Ce jour-là donc, je surfais sur la toile, à la recherche de textes de Cioran, et je suis tombé sur “le blog hyper-secret de john warsen”. C’est son sous-titre déconcertant qui m’a interpellé : ”cyberdépendance, addiction sexuelle… Y a-t-il une vie avant la mort ?”. Le blog déjanté de ce drôle de bonhomme a rejoint la longue liste de sites que j’essaie de parcourir assez régulièrement. Impossible de décrire l’antre de John, il faut prendre le temps d’y faire un tour ! Son précédent site est également en ligne, “Le super-blog secret de John”. Enfin, notre ami est aussi vidéaste, et il m’a permis de présenter ici l’une de ses oeuvres d’animation. Elle est opti-mystiquement nommée “Planète de merde”, et vous la trouverez ci-contre, dans la rubrique ”Visions”.
Il y a exactement trente ans, le mercredi 28 juillet 1976 à 4h13 du matin, dans la cour de la prison des Baumettes à Marseille, un jeune homme de vingt-deux ans était décapité par le bourreau de la république. Il s’appelait Christian Ranucci. Il sera l’un des derniers condamnés à laisser son sang sur la guillotine, avant l’abrogation de la peine de mort en 1981 grâce au courage politique de François Mitterrand et au combat de Robert Badinter. Le jour où Christian Ranucci a eu la tête tranchée, je n’avais que onze ans, mais cette affaire m’a profondément marqué. Je pense qu’elle a été déterminante dans le développement de mon esprit de révolte face à la toute puissance de l’Etat, sentiment qui ne m’a depuis jamais quitté. La seconde moitié de cette décennie fut très trouble en matière de libertés publiques. Les affaires polémiques n’ont pas manqué : les douteux “suicides” en prison d’Andreas Baader et de quelques autres activistes d’ultra-gauche, l’assassinat en pleine rue à Paris du gauchiste Pierre Goldman et sa revendication par le groupuscule d’extrême droite “Honneur de la police”, l’exécution un mois plus tard par les flics de “l’ennemi public numéro un”, le truand anarchiste Jacques Mesrine. Tous ces types étaient certes loin d’être des enfants de choeur et mon idée n’est pas de les défendre. Mais de là à cautionner l’arbitraire d’un Etat policier, il y a un seuil à ne pas franchir. Les ministres de l’intérieur de l’époque, Michel Poniatowski puis Christian Bonnet, ont été parmi les pires que la France ait connu. Par la suite, seuls Pasqua et Sarkozy ont usé et abusé des mêmes ficelles : répression, obscurantisme et manipulation. Souvenons-nous également du très sombre Service d’Action Civique (SAC), la “police politique” gaulliste paramilitaire de la droite française, à l’origine de bien des saloperies… Aujourd’hui, les noms ont changé, mais l’esprit du SAC est resté au travers d’organisations telles que le Mouvement Initiative et Liberté (MIL) ou encore l’UNI, le syndicat d’étudiants de droite.
Pour en revenir à Christian Ranucci, la question de sa responsabilité dans le meurtre de Marie-Dolorès Rambla, une gamine qui fut retrouvée poignardée deux jours après son enlèvement à Marseille en juin 1974, n’est pas le fond du problème. On ne pourra peut-être plus jamais trouver d’éléments irréfutables, à charge ou à décharge, et chaque partie continuera à servir subjectivement son “intime conviction”. D’un côté le journaliste écrivain Gilles Perrault, auteur du célèbre ouvrage “Le Pull-over rouge”, suivi du film homonyme de Michel Drach et de quelques autres livres. De l’autre côté, plusieurs flics, dont Gérard Bouladou, auteur de la contre-enquête “Ranucci coupable !” et le médiocre ancien président de la république Valéry Giscard d’Estaing, qui refusa sa grâce au condamné à mort, pour des raisons essentiellement politiques. Les lecteurs de ce blog ne connaissant pas l’affaire peuvent visiter les sites web Affaire Ranucci : Pourquoi réviser ? et Dossier Ranucci : peut-on douter ? qui en expliquent les grandes lignes et permettront à chacun de se construire sa propre opinion sur le sujet.
La Polynésie est une région où la navigation maritime est réputée dangereuse, surtout à la proximité des atolls. Les barrières coralliennes sont redoutables, surtout par grosse houle ou mauvaise visibilité. Dans l’archipel des Tuamotu, composé essentiellement d’îles basses, les terres émergées ne dépassent que de quelques mètres la surface de l’océan. D’ailleurs nombreuses d’entre elles sont menacées de submersion à cause de la montée des eaux due au dérèglement climatique de la planète. La cartographie de ces îles perdues du Pacifique est assez peu précise et le balisage souvent inexistant. Une fois franchie la passe permettant aux bateaux de faible tirant d’eau de pénétrer dans le lagon, ce sont les patates de corail qui guettent le navigateur imprudent. Les histoires de naufrages et d’échouages sont fréquentes en Polynésie. Même les pêcheurs locaux et les marins les plus expérimentés se font prendre au piège et l’erreur ne pardonne pas. Le 28 avril dernier, c’était le légendaire Gipsy Moth IV qui était éventré à la tombée de la nuit par le récif corallien de Rangiroa. Pourtant la mer était calme, le vent très faible, et son skipper Antonia Nicholson est une professionnelle de la mer… J’en ai déjà parlé dans une note précédente, le sauvetage du voilier put être réalisé in extremis grâce à une météo favorable pendant les jours qui ont suivi le naufrage.
Samedi dernier, le centre de sauvetage en mer de Polynésie française a été informé par le centre spatial de Toulouse du déclenchement d’une balise de détresse Cospas-Sarsat. L’émetteur satellite a été identifié comme étant celui du Carpe Diem, un petit voilier de plaisance norvégien, dont le dernier port d’escale avait été Valparaiso, au Chili, quelque 3350 miles nautiques (6200 km) plus loin. Le signal provenait de l’atoll inhabité de Temoe, situé à une soixantaine de kilomètres au sud-est de l’île de Mangareva, dans l’archipel des Tuamotu-Gambier (1600 km de Tahiti). Le navire sur zone le plus proche était une navette municipale de transport de passagers basée à Rikitea, le principal village de Mangareva. Un hélicoptère Super Puma de l’armée de l’air avec une équipe médicalisée avait également été mis en alerte pour intervenir si le bateau ne pouvait appareiller en raison du mauvais temps. La vedette a pu atteindre Temoe dimanche et ramener sains et saufs les trois naufragés. Le voilier quant à lui, trop endommagé pour être sauvé, finira sa vie sur le récif de cette île déserte, où le rêve peut vite se transformer en cauchemar…
Oscar Temaru, Président de la Polynésie française, fait beaucoup parler de lui en ce moment. Ses provocations incessantes vis-à-vis de l’Etat français et son perpétuel discours indépendantiste commencent à agacer beaucoup de monde. Ses dernières frasques en date ont été son absence très remarquée des cérémonies du 14 juillet à Papeete et un voyage d’agrément en Suède, aux frais du contribuable. La coalition UPLD qui l’a porté au pouvoir s’est sérieusement effritée et n’est probablement plus majoritairement représentative. Les ambitions personnelles des autres chefs de partis et l’utilisation de méthodes politiques douteuses ne facilitent pas la tâche au gouvernement Temaru, mais on peut néanmoins faire le constat que son bilan n’est pour l’instant guère brillant. Son prédécesseur Gaston Flosse était certes corrompu et usé par le pouvoir, mais au moins il parvenait à faire fonctionner l’économie de la région. L’incompétence de la nouvelle équipe est manifeste et devient même inquiétante pour l’avenir à moyen terme. Les élections présidentielles françaises vont avoir lieu dans moins de neuf mois et il est très vraisemblable que le vainqueur soit beaucoup moins conciliant que Chirac, réputé pour son attachement aux régions ultramarines. Le faucon Sarkozy l’a d’ailleurs clairement annoncé dans l’un de ses discours démagogiques habituels, lors d’une convention le 12 juillet. Il n’est donc pas surprenant qu’Oscar fasse les yeux doux à Ségolène la puritaine, dont il soutient la candidature à l’investiture socialiste. Pour ma part, je l’ai déjà écrit, entre Charybde et Scylla, point de choix…
Changeons de sujet. Dimanche 16, je suis allé comme prévu assister à l’une des soirées du Heiva sur la scène de la place To’ata, dont les gradins étaient combles. Au programme il y avait dans la catégorie “danse légendaire” l’association Vaira Nui, puis deux groupes de chants polyphoniques traditionnels, Tamarii Fanatea et Tamariki Oparo. Enfin, deux heures plus tard, le clou de la soirée, en catégorie “danse historique” la troupe Hei Tahiti, dirigée par la fameuse Tiaré Trompette. C’est cette même troupe qui remporta en catégorie “amateurs” le concours du Heiva 2005. Je l’avais déjà trouvée très bien l’année dernière, mais c’était encore mieux cette année. Le thème choisi par Tiaré, assez osé lorsque l’on connaît la bigoterie en Polynésie, était celui de l’évangélisation d’un village par les premiers missionnaires. La troupe était composée de deux cents danseurs et danseuses amateurs, mis en valeur par des costumes magnifiques (exclusivement en matières naturelles) et dans une mise en scène originale.
Hier soir vers 22 heures (en raison du décalage horaire de douze heures avec Paris), Télé Polynésie retransmettait en direct le défilé sur les Champs-Elysées des porteurs de plumeaux et autres coupe-coupe. J’ai regardé dix minutes les hordes de chair à canon battre le pavé parisien comme des majorettes. J’ai du mal à comprendre l’intérêt de cette - probablement fort coûteuse - mascarade digne de la Corée du Nord ou de l’Iran. J’avais allumé la télévision pour regarder l’intervention et l’interview de Chirac, que finalement je ne verrai pas, passant une heure et demie au téléphone avec un copain parisien, ancien engagé ! En y réfléchissant, j’ai réalisé que j’avais compté bon nombre de militaires de carrière parmi mes amis ou relations proches. Encore plus surprenant est le fait qu’à seize ans j’avais pour ambition de m’engager dans le génie parachutiste ! Bon, c’est vrai que c’est anecdotique car lorsque j’ai fait ce que l’on appelait alors les “trois jours”, pour déterminer l’aptitude au service militaire, j’ai été bien content d’être exempté (mais mobilisable). C’était en 1984, j’avais dix-neuf ans et je vivais avec Ewa, une jolie polonaise, étudiante en médecine. J’étais à la faculté de Droit et je n’avais plus aucune envie de perdre une année à jouer aux petits soldats et à me faire niveler l’esprit… Quel beau dilemme : d’un côté j’apprécie le côté organisé et ordonné de l’armée, mais d’un autre côté je trouve insupportable l’excès de hiérarchie et le formatage des individus. Sans même évoquer l’endoctrinement nationaliste et le patriotisme, que je déteste par-dessus tout. Voilà le pourquoi de ce billet mi-fougue mi-raison.
Il n’en reste pas moins que je ne vais pas déroger cette année à publier une fois de plus ce court passage du Horla de Maupassant pour lequel j’ai toujours autant de plaisir à lire et à relire :
14 juillet. - Fête de la République. Je me suis promené par les rues. Les pétards et les drapeaux m’amusaient comme un enfant. C’est pourtant fort bête d’être joyeux, à date fixe, par décret du gouvernement. Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit : « Amuse-toi. » Il s’amuse. On lui dit : « Va te battre avec le voisin. » Il va se battre. On lui dit : « Vote pour l’Empereur. » Il vote pour l’Empereur. Puis, on lui dit : « Vote pour la République. » Et il vote pour la République.
Ceux qui le dirigent sont aussi sots ; mais au lieu d’obéir à des hommes, ils obéissent à des principes, lesquels ne peuvent être que niais, stériles et faux, par cela même qu’ils sont des principes, c’est-à-dire des idées réputées certaines et immuables, en ce monde où l’on n’est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est une illusion.
Je crois bien que c’est Frosso, mon égérie franco-gréco-suédoise qui accompagna mes jours et surtout mes nuits pendant cinq ans, qui m’offrit il y a une quinzaine d’années, une curieuse peluche représentant un dinosaure. Ce petit monstre poilu trouva sa place dans mon sac de voyage lorsque je quittais Paris pour Sydney en 1992. Corrina, ma belle australienne, me demanda un jour quel était le nom de la bête, et je me suis alors souvenu qu’elle n’avait jamais été baptisée. Je lui demandais donc de proposer quelque chose et elle suggéra Serendipity. C’est la première fois que j’entendais ce mot anglais, qui semblait même ignoré par beaucoup d’anglophones. Quant à mes compatriotes français, n’en parlons même pas ! Bien des années plus tard, lorsque j’acquis mon voilier, le premier nom qui me vint à l’esprit fut naturellement Serendipity. Le pauvre bateau eut droit à toutes les déformations possibles et imaginables de son nom, la plus originale ayant été “sirêne dépitée”. De son côté, la peluche continua sa vie aventureuse pour finir, si je me souviens bien, dans les bras d’Ariane, qui l’a peut-être encore aujourd’hui.
Peu à peu, ce mot est devenu à la mode, et j’ai commencé à le lire très régulièrement. Ecrit en anglais, bien entendu, mais aussi dans sa variante française sérendipité, pourtant encore absente des dictionnaires. Je crois que la première fois, c’était dans un article du quotidien Le Monde, qui en expliquait justement la signification. Aujourd’hui, une rapide recherche de ce mot sur internet remonte plus de treize millions de résultats des plus divers ! Il est absolument partout, de la littérature de ces dix dernières années aux noms de blogs, de logiciels ou de sociétés…
Mais que signifie-t-il donc ? Sa meilleure définition est sans doute celle de “la faculté de faire par hasard des découvertes heureuses”. Ou peut-être encore la reconnaissance d’une trouvaille comme étant plus importante que l’objet de la recherche initiale. Un exemple ? La découverte du continent américain par Christophe Colomb ! Autrement dit, trouver ce que l’on ne cherche pas. C’est un concept qui me plait beaucoup, ayant souvent fait le choix d’aller vers l’inconnu en comptant sur ma “bonne étoile”, et cette philosophie de vie m’a généralement bien réussi. En réalité, je ne crois pas beaucoup en la chance, mais en l’ouverture d’esprit face aux opportunités. Je trouve aussi que Serendipity est un excellent nom pour un voilier, qui va là où le vent le mêne, dans un voyage où la surprise est souvent de mise. Le web a sans aucun doute été l’élément déclencheur de l’engouement soudain pour ce mot si peu usuel car sa définition semble presque taillée sur mesure pour celui-ci.
Hier, la 124e édition du Heiva i Tahiti a commencé à huit heures du matin par des courses de va’a, les fameuses pirogues tahitiennes. Je suis très rarement debout à cette heure-là et n’ai pas dérogé à mes habitudes en ce samedi matin. Je me suis contenté d’assister au défilé d’ouverture des festivités à 16h30. Toutes les écoles de danse participant au Heiva se sont succédées sur le front de mer pendant deux heures. C’était très dépaysant de voir la procession de ces centaines de vahinés et de tanés, avançant au rythme des percussions aux sonorités exotiques. La musique m’a un peu rappelé le Brésil, où j’avais vu un soir à la marina de Salvador de Bahia le groupe Timbalada. Les participants au Heiva étaient tous vêtus à la polynésienne, parfois avec les robes et chemises à fleurs typiques ou parfois juste avec quelques feuilles de pandanus tressées dissimulant le minimum. La danse est profondément inscrite dans la culture polynésienne. Qu’elles soient petites ou grandes, minces ou obèses, jeunes ou vieilles, j’ai l’impression que toutes les filles la pratiquent, ainsi que de nombreux hommes. Je publierai prochainement dans la galerie une sélection de photos prises à l’occasion de ce défilé.
Tout comme la danse, les tatouages font aussi partie du patrimoine culturel des Polynésiens. Considérés comme païens par la vermine religieuse, ils furent également interdits au début du XIXe siècle par le code Pomaré. Aujourd’hui, je crois que peu de Polynésiens, hommes ou femmes, passent outre ce rituel identitaire. Le résultat est souvent magnifique tant les motifs sont variés et les tatoueurs habiles. En dehors des classiques “bracelets” aux volutes tribales autour de la cheville ou du bras, Les filles arborent souvent un tatouage au bas des reins, parfois sur toute la largeur de leur taille. Je trouve ça particulièrement sexy ! Il y a de nombreux tatoueurs en Polynésie et certains sont mondialement réputés. Chaque motif est théoriquement unique et possède une dimension symbolique à étudier avec l’artiste avant sa réalisation. Peut-être me laisserais-je tenter avant de quitter ces îles…
Dans la soirée, je suis allé au restaurant Casablanca, situé dans l’enceinte de la marina Taina. J’avais été invité à un cocktail donné à l’occasion de la publication du dixième numéro d’un magazine consacré à l’art et à la culture. Cette sortie mondaine dans une ambiance feutrée m’a permis de rencontrer quelques nouvelles têtes du gotha local, dont le directeur de l’Agence Tahitienne de Presse (ATP). J’ai longuement discuté avec l’un des rares Polynésiens présents. En fait, il était mélanésien, car originaire du Vanuatu. Après l’indépendance de ce condominium franco-britannique, qui portait avant le nom de Nouvelles Hébrides, il est parti faire ses études en Europe, puis il s’est installé à Tahiti et y a créé sa société de conception graphique. Je m’étais intéressé il y a quelque temps au Vanuatu car c’était la première destination qui m’avait tenté lors de la préparation de ce voyage. J’avais finalement retenu la Polynésie française dans le but d’éviter les tracasseries administratives liées à l’installation dans un pays étranger. Avec le recul, je ne suis pas sûr d’avoir fait le bon choix…
Voilà un bon moment que j’avais envie de proposer à l’écoute un morceau de rap. Sans pour autant être un inconditionnel du genre, j’aime bien certains groupes. Mes références en la matière sont le Wu-Tang Clan, Public Enemy, et dans une moindre mesure, NTM. Au-delà du vecteur de contestation sociale et politique, le rap c’est aussi et surtout une intensité rythmique mettant en scène l’art du langage. De plus, peu de styles musicaux peuvent ainsi prétendre à une quasi-universalité. De l’exotique Panjabi MC au militant Akhénaton, en passant par le provocateur Ice-T ou encore l’intellectuel MC Solaar, il y en a vraiment pour tous les goûts !
Le titre à découvrir cette semaine est ”Bitch Niggaz” de Dr. Dre. Il est extrait de l’album “2001”, sorti en 1999, Moins connu que le tube ”Still D.R.E.” du même album, il me rappelle l’ambiance des films du génial Quentin Tarantino. André Romel Young, alias Dr. Dre, n’est pas seulement un artiste talentueux, mais également un producteur qui a du flair. C’est lui qui a découvert et lancé des poids lourds comme Eminem et Snoop Dogg. Si vous appréciez le morceau que je présente, achetez l’album, vous ne serez pas déçus !
Pour terminer, connaissez-vous “Rapaces” ? C’est un groupe de rap français, sans concessions et unique en son genre. Je trouve leur musique insupportable et je ne partage pas toutes leurs idées, mais leur site web vaut le détour pour sa rubrique “communiqués”, aux textes et pamphlets subversifs. On y trouve également une jolie sélection de liens vers d’autres sites engagés.
C’est sur fond de sifflement du mara’amu, le vent froid venant du sud, que je commence ces lignes. Il paraît qu’il annonce le beau temps, c’est-à-dire une humidité plus supportable et une température à la baisse. Pour l’instant, la station météo indique toujours 30°C, malgré les rafales de vent de 60 km/h. Elles écartent au moins les moustiques, particulièrement voraces et nombreux ces jours-ci.
Demain, 1er juillet, sera donné le coup d’envoi des festivités de l’édition 2006 du Heiva i Tahiti. Ce sera la seconde année consécutive où j’assisterai à cette grande fête polynésienne, qui dure près d’un mois. Les concours de danse traditionnelle (tamouré) et de chants polyphoniques (himéné) y ont la part belle, mais de nombreuses autres disciplines y sont représentées : courses de va’a (pirogues), régates de pirogues à voile, lancer de javelots (patia fa), lever de pierres (amora’a ofai), course de porteurs de fruits, concours de préparation du coprah.
J’irai probablement voir dans une quinzaine de jours le spectacle de la troupe de danse Hei Tahiti, dirigée par la charmante Tiaré Trompette. C’est eux qui avaient remporté le concours l’année dernière. Même sans être particulièrement attiré par la danse, la représentation vaut le coup d’oeil, tant pour le spectacle que pour les filles. Pour avoir un aperçu de ce qu’est la danse typique polynésienne, j’ai mis en ligne un petit extrait vidéo dans la rubrique ”Visions”. Je ne suis pas l’auteur de cette vidéo dans laquelle les initiés noteront une grossière erreur du commentaire en voix off : on y cite le code ”Pamoré” alors qu’il s’agit du code ”Pomaré”, du nom de la dernière famille royale polynésienne. L’article 23 de ce code du début du XIXe siècle, fortement influencé par les évangélisateurs de la London Missionary Society, stipulait “Toutes danses, jeux ou divertissement lascifs sont strictement défendus”. Le tamouré ne fut réellement réhabilité que plus d’un siècle après son interdiction…
Quelques titres de la presse française sont consacrés à Tahiti en ce moment. Il y a bien sûr le déplacement en France du président Oscar Temaru et de la délégation polynésienne, mais aussi un peu de ”people”. L’actrice Nicole Kidman est arrivée en jet privé mardi, en compagnie de Keith Urban, son nouveau mari. Ils ont loué pour leur lune de miel la suite royale de l’hôtel St. Regis à Bora Bora, où ils doivent passer une semaine à douze mille euros la nuit. C’est amusant, j’avais postulé en février au poste de directeur informatique de cet hôtel, mais ma candidature n’avait pas été retenue.
Après la rencontre fortuite avec Michel la semaine dernière, celui-ci essaie de m’embarquer maintenant dans son nouveau projet, la production d’une émission mensuelle de variétés sur la chaîne télévisée locale TNTV. Nous avons eu une longue réunion hier avec le directeur des programmes. Le projet m’a paru sérieux mais comme toujours Michel sous-estime la somme colossale de travail qu’il représente et je ne me vois pas m’associer avec lui, d’autant plus que je n’ai aucune expérience dans ce métier. On ne s’invente pas producteur ! Je lui ai promis de l’aider un peu, mais j’ai refusé tout engagement formel. D’ici dix jours, je dois rencontrer avec lui l’un des nouveaux ministres du gouvernement afin d’essayer d’obtenir une subvention. Je doute quelque peu du succès de l’opération, mais ça me permettra toujours de rajouter un contact potentiellement utile dans mon carnet d’adresses. Je n’ai toujours pas pris de décision ferme quant à la poursuite de mon séjour en Polynésie.
Le 29 juin est un jour férié à Tahiti. Officiellement la fête de l’autonomie interne, commémorant l’annexion de la Polynésie par la France en 1880. Comme on peut s’en douter, le gouvernement indépendantiste actuel souhaite changer la date de cette célébration au 20 novembre, correspondant au retour du tau ‘auhune, la saison d’abondance. Déjà, à la fin des années quatre-vingt, cette fête avait été déplacée pendant trois ans au 8 septembre ! La nouvelle date n’ayant pas encore été officiellement promulguée, la situation tourne au ridicule : c’est un jour ouvré comme un autre dans le secteur public, mais férié dans le privé !
Une fois n’est pas coutume, quelques mots d’informatique. Cette note devrait être courte car Mana, le seul fournisseur d’accès Internet de Polynésie, va procéder à une interruption de service cette nuit, et je voudrais pouvoir publier ces quelques lignes avant la coupure. Des travaux sont en cours pour l’extension du réseau ADSL. A ce sujet, les tarifs ont sensiblement baissé au 1er juin et j’en ai profité pour augmenter le débit de ma ligne de 256 à 512 Kbit/s. C’est la connexion la plus rapide que l’on puisse obtenir à Tahiti. Le prix de l’abonnement mensuel est maintenant de 14850 Francs CFP, soit 125 euros, avec une limite de volume entrant/sortant cumulé de 15 Go par mois.
Cette poignée d’octets à la seconde supplémentaires est précieuse lorsque l’on passe, comme moi, plusieurs heures par jour sur le réseau Internet. Je parcours quotidiennement bon nombre de sites et interviens de manière assez régulière sur quelques blogs. Il est toujours plus facile d’écrire en réponse à d’autres que de partir d’une feuille blanche. A propos de sites web, j’ai découvert avec tristesse mercredi dernier que Macdigit, l’un de mes préférés, mettait la clé sous la porte. Je les regretterai beaucoup… J’ai essayé de me consoler un peu en allant rendre visite au nouveau site Geoportail de l’IGN, challenger pour la France de l’extraordinaire Google Earth, mais l’affluence est telle que ce nouveau venu est totalement inaccessible, victime de son succès. Même une semaine après son lancement, il est toujours impossible d’y avoir accès, de jour comme de nuit.
Parlons maintenant un peu de vous, visiteurs anonymes. Je regarde régulièrement les statistiques d’accès à ce blog et je constate que les chiffres ne varient guère. Depuis le début de l’année 2006, il y a environ trois mille visites et quinze mille pages lues chaque mois. L’audience à peu près réelle, autrement dit la moyenne mensuelle de visiteurs distincts et identifiés comme venant d’une même adresse IP, dépasse les deux mille personnes. Même en éliminant ceux d’entre vous passés ici par le hasard des moteurs de recherche, ceux qui ont mis le site dans leur agrégateur puis l’ont oublié ou encore les robots d’indexation, vous êtes semble-t-il bon nombre à me lire. J’en suis flatté, mais pourquoi ne pas participer ? Seuls trois ou quatre d’entre vous laissent régulièrement une trace écrite de leur passage. Le lecteur passif et silencieux m’intrigue. Que ma prose n’intéresse pas, je peux aisément le comprendre, mais alors pourquoi revenir ? Au début de cette expérience, on m’a reproché la longueur des textes, dix à quinze pages par article les trois premiers mois. En avril dernier, j’ai changé radicalement de style éditorial en écrivant des billets plus courts et plus réguliers. La fréquentation du site a sensiblement augmenté, mais pas les contributions des visiteurs ! Un blog doit-il être seulement un ”one man show” narcissique devant un public passif ? Je l’aurais plutôt souhaité comme une forme de détonateur social qui puisse susciter le débat et rassembler autour de préoccupations communes. Visiteurs anonymes, votre silence reste un véritable mystère pour moi !
Jeudi soir, je terminais tranquillement mon dîner à la terrasse du “Café des Négociants”, lorsque je vois un individu passer en courant… qui n’est autre que Michel ! Les fidèles de ce blog se souviendront de ce curieux bonhomme. C’est lui qui m’avait présenté, il y a maintenant un an, à quelques personnages de Polynésie, dont le sénateur Gaston Flosse. Depuis quelques mois, il s’était fait plutôt rare. J’étais passé chez lui en décembre, puis en avril, et il me semblait assez diminué. Il m’avait néanmoins téléphoné un jour pour m’inviter à une fête qu’il organisait sur un motu privé, mais je n’y étais pas allé. Le voilà donc devant moi, essoufflé et manifestement énervé. Il me raconte qu’il était en train de prendre un verre avec un ami à la terrasse d’un café voisin et qu’un type qui passait par là leur avait volé la bouteille de whisky qu’ils venaient d’entamer, avant de s’échapper en courant. Michel a essayé de le rattraper mais en vain. Il me propose de le rejoindre après mon dîner.
Malgré une petite hésitation, car je sais que les soirées avec lui sont généralement interminables, je me décide à prendre un verre avec lui. Arrivé au café, je reconnais l’ami qui l’accompagne. Je l’avais déjà rencontré en compagnie de Michel plusieurs mois auparavant. C’est un type assez intéressant, et qui connaît beaucoup de monde en Polynésie pour y avoir passé une bonne partie de sa vie. J’apprends que depuis notre dernière rencontre, il a ouvert une librairie sur une île voisine. Nous sommes rejoints quelque temps après par d’autres connaissances de Michel. Deux fonctionnaires du port de commerce, visiblement déjà bien imbibés, accompagnés par une grande (fausse) blonde dont le quotient intellectuel m’a paru inversement proportionnel à sa vulgarité. D’habitude, j’aime bien les filles triviales, mais celle-là était vraiment caricaturale. Ensuite, c’est Barthélemy qui est venu s’installer à notre table. C’est un Polynésien, vedette de variétés, quasiment édenté mais au visage cependant très expressif. J’ai regretté de ne pas avoir mon appareil photo ce soir-là. Barthélemy avait manifestement abusé d’alcool et sans doute d’autres substances hallucinogènes. Il tenait à peine debout mais cela devait être son état normal car je l’ai entraperçu à la télévision deux jours plus tard et il ne m’a pas semblé très différent.
Cette soirée m’a rappelé l’ambiance de mes premiers mois à Tahiti. J’ai appris qu’Aldo, le très douteux individu avec lequel j’avais failli travailler en août dernier, avait perdu son emploi - plus ou moins fictif - au ministère des Postes et Télécommunications. Il était lié par un contrat de cabinet qui avait été rompu suite à la tentative de coup d’Etat des partis autonomistes en avril dernier. Emile Vernaudon, dit “le shérif”, son ministre de tutelle, avait démissionné en entraînant avec lui tous ses fidèles. Bien mal lui en avait pris car il a beaucoup perdu dans cette histoire. Je me souviens encore d’Aldo qui rêvait secrètement d’un poste de ministre ! Le président Temaru avait glissé à l’époque la petite phrase “ceux qui creusent la tombe de quelqu’un oublient qu’eux-mêmes peuvent y glisser”. Bien vu Oscar. Michel m’a dit que le nouveau projet d’Aldo était la création de la plus grande porcherie de Tahiti. Je suis sûr que cette activité lui conviendra à merveille…
Le solstice d’hiver est enfin passé. Je rappelle que la Polynésie étant dans l’hémisphère sud, c’était le jour le plus court de l’année. En ce moment, le soleil ne se lève que pour onze heures, de 6h30 du matin à 17h30 de l’après-midi. Cela dit, la différence entre le solstice d’été et celui d’hiver n’est que de deux heures à Tahiti, pas de quoi sentir un réel changement. Voilà l’une des rares choses qui me manquent de l’Europe, ce plaisir de pouvoir encore profiter de la lumière du jour à 22 heures ! Ce 21 juin est également la date de la fête de la musique, dont c’était la 25e édition cette année. L’événement ne m’a jamais vraiment intéressé, n’appréciant guère ni la foule ni le bruit. Comme d’habitude, je n’ai pas mis le nez dehors ce soir-là.
Ces festivités me rappellent toujours l’élection de François Mitterrand le 10 mai 1981. Ce fut son premier gouvernement qui apporta une véritable bouffée de liberté à la jeunesse. La fête de la musique n’est qu’un exemple parmi d’autres. J’avais presque seize ans et c’était l’avènement des radios libres sur la bande FM qui m’avait beaucoup marqué à l’époque. J’étais fan de Carbone 14, la “radio active” au style si provocateur (à écouter). L’euphorie fut de courte durée, car Michelle Cotta, alors présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle sonna assez rapidement le glas de cette radio et de quelques autres, au ton jugé trop impertinent. Je compris alors qu’un Etat, qu’il soit dirigé par un gouvernement de droite comme de gauche, restera toujours un Etat. Autrement dit une structure pyramidale dont le rôle est de couper les têtes qui dépassent, en se réfugiant derrière un discours de cohérence sociale. Voilà pourquoi je n’ai encore jamais mis de bulletin de vote dans une urne électorale.
Je ferai peut-être une exception pour les élections présidentielles de 2007, échaudé comme beaucoup par le nauséabond coup de théâtre de 2002. Au moins, il aura servi à quelque chose. Je me suis inscrit en décembre à Papeete sur les listes électorales, ce qui est une grande première pour moi. Cela dit, si je m’en tiens aux prétendants qui ont le vent en poupe aujourd’hui, le choix risque d’être très difficile.
Il est des gens qui marquent leur passage. Ils peuvent inspirer l’adoration ou le dégoût, sentiments au fond assez proches, mais ils laissent rarement indifférents. Pour ce retour du “titre de la semaine”, je voudrais faire un clin d’oeil à l’une de celles qui influencèrent mes goûts musicaux d’adolescent, Nina Hagen. Héritière de la culture punk de la fin des années soixante-dix, elle est un genre à elle seule, et pourrait être comparée à d’autres artistes vraiment hors normes, telles que Laurie Anderson ou Björk. Nina Hagen avait une voix extraordinaire et un goût très prononcé pour la provocation, à une époque où celle-ci était un geste politique avant d’être une expression de haine comme c’est souvent le cas aujourd’hui. Elle a laissé une discographie assez riche, d’une bonne quinzaine d’albums, ainsi que quelques films, dont l’amusant “Cha-Cha” avec Herman Brood et Lene Lovitch, deux autres “fêlés” de cette période.
Plutôt que de proposer à l’écoute l’un des titres originaux de l’artiste, j’ai choisi sa reprise déjantée de ”My Way”, l’adaptation anglo-allemande du célèbre tube ”Comme d’habitude”, extraite de l’album ”Nina Hagen in Ekstase”. On est à mille lieues des versions mièvres de Claude François, Michel Sardou, Frank Sinatra et de bien d’autres. Elle n’est pas sans rappeler celle du génial album et film des mythiques Sex Pistols, ”The Great Rock ‘n’ Roll Swindle”. Pour ceux et celles qui préfèrent un peu plus de douceur, essayez la reprise jazzy de Nina Simone ou encore celle d’Herman Brood, troublante de sincérité, juste avant son suicide en 2001 (il fut par ailleurs un compagnon de route de Nina Hagen).
J’en profite pour changer la vidéo de la rubrique ”Visions”. Le court face à face entre François Mitterrand et Daniel Balavoine a eu beaucoup de succès. Il a été visualisé près de 600 fois en un mois ! Pour rester sur la même ligne éditoriale que cette humeur en hommage aux individus qui laissent une trace, j’ai retrouvé l’un des spots publicitaires de l’agence TBWA\Chiat\Day, pour la campagne ”Think Different” d’Apple Computer (1997). Selon le débit de votre connexion Internet et le nombre de visiteurs, le chargement complet de la page (et de la vidéo) peut durer quelques dizaines de secondes. Patience…
En écrivant ce texte, je viens d’apprendre la mort du saltimbanque du verbe que fut Raymond Devos. Il rejoint au Panthéon des grands humoristes français le regretté Pierre Desproges.
Déjà près de deux semaines se sont écoulées depuis mon retour au ”fenua” (le “pays” en langue tahitienne) et une certaine routine du quotidien refait doucement surface. Je commence enfin à me remettre du jet-lag. La règle d’une journée par heure de décalage horaire à rattraper se confirme. Pendant la première semaine, je m’écroulais vers 20 heures pour me réveiller aux alentours de cinq ou six heures du matin, heures auxquelles je me couche habituellement ! J’ai eu l’impression que le décalage a été plus facile à encaisser à l’aller qu’au retour, malgré le temps de trajet plus long.
Je suis plus que jamais mitigé entre rester encore quelque temps à Tahiti, ou repartir ailleurs, après un passage probable en France. En revenant en Polynésie, j’ai retrouvé avec plaisir la végétation luxuriante, l’air marin, le ciel bleu, le lagon et plus généralement cette nonchalance des îles du pacifique. Mais d’un autre côté, je recommence déjà à tourner en rond et suis désormais très sceptique sur mes chances de trouver une activité professionnelle intéressante ici. Je n’ai pas encore rappelé la société de formation qui m’avait contacté la veille de mon départ à Paris. Je vais le faire dans les jours à venir, mais je doute fort que ce qu’ils pourraient éventuellement me proposer puisse m’intéresser. Je me dis que je me donne encore un ou deux mois pour me décider, ce que je me répète d’ailleurs depuis le mois de septembre de l’année dernière !
Un autre facteur pourrait influencer ma décision de quitter prochainement la Polynésie. On m’a diagnostiqué il y a trois ans un sinus pilonidal, maladie bénigne de la peau, mais qui se “réveille” de temps à autre sous la forme d’un kyste mal placé et assez gênant. Une intervention chirurgicale peut être nécessaire à son exérèse. La période de convalescence est parfois longue et pénible, une infirmière venant à domicile quotidiennement pour changer le méchage. Il n’est pas exclu que je doive me faire opérer prochainement, et si c’est le cas, je préférerais le faire en France. Moi qui suis généralement en excellente santé, je n’ai pas eu de chance de ce côté-là ces dernières années. L’été 2003, j’avais déjà dû être opéré en urgence pour un anévrisme thrombosé (une artère bouchée) dans la main gauche ! Trois ans plus tôt, en escale au Cap Vert, je m’étais fait une hernie discale qui m’accompagne toujours depuis. Heureusement, rien de majeur, mais je me passerais bien de ces désagréments à répétition.